Les entreprises rivalisent à coup d’enchères de promotions de contenus. Pourtant, nous voyons le taux d’interaction s’écrouler sur les réseaux sociaux. Comment expliquer ce phénomène ?

Harcèlement et lassitude

L’un des freins majeurs vient du fait que les entreprises ont compris l’importance de leur présence sur tous les médias sociaux. Tous. Et ce, en entrainant depuis quelques temps une surabondance d’informations partagées. En conséquence, nos fils d’actualités sont de plus en plus pollués. Aujourd’hui, impossible de se connecter sur un réseau social sans être perpétuellement sollicité par une publicité Ikea, ASOS ou Royal Canin. De ce fait, l’expérience utilisateur s’est nettement dégradée au fil du temps. Facebook a même enregistré sa première décroissance d’inscrits cet été.

La recette « magique » des annonceurs pour se démarquer ? Créer du contenu toujours plus percutant, toujours plus novateur, toujours plus différent… Le problème ? Tous optent pour la même stratégie et jouent sur les mêmes leviers. Résultat : les internautes sont de plus en plus lassés par tous ces contenus cherchant à tout prix à capter leur attention.

Facebook, dis moi qui est le plus fort

Une autre piste que l’on peut suivre s’apparente à la quête de popularité. Effectivement, un des comportements adoptés pendant longtemps par les utilisateurs (et les community managers) consiste à liker compulsivement les publications d’autres utilisateurs dans le but de s’attirer de la visibilité. Cela rend le succès d’un post inauthentique. Notre petit monde virtuel réalise progressivement l’impertinence de ce fonctionnement. De plus, cela a généré un second problème sous-jacent : « l’avarice du like ». Et oui, certains se sont mis à boycotter les comptes qui ne généraient pas assez de « like retour ». Tu ne me like pas = je ne te like pas. Cette perversion virtuelle rendrait alors les échanges plus que jamais inauthentiques. Ainsi, l’engagement sur Instragram est en chute libre depuis plusieurs années. En 2019, la baisse d’interaction se fait également sentir sur le réseau social numéro 1 : Facebook. « Oops ».

Vers un monde sans likes

Instagram est le premier à avoir pris une décision radicale pour contrer ce problème : se débarrasser du décompte de likes sous vos images ! Désormais, il est impossible de savoir si 500 personnes ont aimé votre photo de pizza à la truffe, ou si votre tante est la seule à vous soutenir. Sous couvert d’améliorer l’expérience utilisateur en lui enlevant le stress de ne pas avoir le succès espéré, la plateforme se débarrasse peu à peu de son « petit cœur rouge ». Cette décision créée la discorde et l’insurrection des pseudos « influenceurs » digitaux.

Est-ce que Instagram cherche à se déculpabiliser des effets pervers qu’il provoque ? Certainement… Pourtant, si ce tour de passe-passe porte ses fruits, d’autres plateformes pourraient bien suivre l’exemple.

Malgré tout, on peut se poser la question : un réseau social sans interactions est-il un idéal ? Difficile à dire. L’idée d’un média à sens unique qui nous parle sans attendre de retour nous fait étrangement penser au concept de télévision, aujourd’hui en déclin.

Des solutions ?

Malheureusement, nous les cherchons encore.

Faut-il cesser l’overboost des publications ?
Faut-il laisser les utilisateurs en paix afin qu’ils puissent se ré-approprier les réseaux sociaux ?
Faut-il repenser les pages Facebook professionnelles comme un portail où les prospects peuvent venir simplement chercher des informations (sans être harcelés par des publicités intempestives) ?

Peut-être est-il est temps de développer de nouveaux réseaux communautaires. En impliquant des principes bien moins axés marketing… et bien plus sur l’humain ? Commençons par produire moins de pubs Fleury Michon, et plus de contenus utiles et bienveillants.