2020 : année féministe

2020 est déjà une année de combats pour l’égalité des sexes. Le scandale anti-Polanski aux Césars et les marches féministes du mois de mars donnent la couleur : les femmes n’ont plus envie de se taire.

Au-delà du cinéma, des manifestations militantes et de votre fil d’actualité Twitter : quid de la place des femmes dans votre boîte ? Car, oui, 2020, c’est aussi l’année où la question de l’égalité des sexes en milieu professionnel fait encore débat.

On est en droit de se demander : la place des femmes en entreprise est-elle uniquement le fruit de ses compétences et son expérience ou est-elle dépendante de son genre ?

Que disent les chiffres ?

Pour illustrer cette question, commençons par quelques chiffres.

À poste similaire et compétences égales, les femmes ont un salaire 20% inférieur à celui des hommes. De plus, leur employabilité est 10% inférieure à celle des hommes. À ce jour, une seule femme dirige une entreprise du CAC40

Un des freins pour les employeurs serait l’ambition présumée des femmes à devenir mère un jour. Devenir maman implique un éventuel changement de carrière et, surtout, des congés maternité qui coûtent à l’employeur. Ainsi, 37% des recruteurs prendraient en compte cette envie potentielle d’avoir un enfant avant de recruter une femme. Parmi les solutions évoquées, la mise en place d’un congés paternité équivalent à celui de la mère. Ainsi, le risque de voir un salarié homme prendre des congés pour l’arrivée de son enfant serait le même que pour une femme.

Les femmes sur le marché du travail

Les femmes sont diplômées à 44% contre 34% des hommes. Pourtant, elles sont moins souvent employées et moins considérées. 

Pour finir de noircir le tableau, ajoutons les violences morales et physiques que subissent certaines femmes sur leur lieu de travail. 27% d’entre elles auraient été témoins ou victimes de discriminations sexistes.

Bon, il nous semble maintenant indispensable de faire un rapide tour d’horizon d’une Histoire encore empreinte d’un souffle moyenâgeux.

Il était une fois l’inégalité

J’ai souvenir d’une certaine Olympe de Gouges, guillotinée pour être une farouche opposante à la dictature de Robespierre. En 1791, elle avait présenté à l’Assemblée Nationale la « Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne ». Ça vous dit quelque chose ? Il est le premier document à évoquer l’égalité juridique entre les sexes.

Depuis cette date, les mentalités ont évolué, indéniablement. Pourtant, l’écart entre hommes et femmes dans la sphère professionnelle est loin d’être résorbé. Depuis la nuit des temps, les femmes doivent se battre pour trouver leur place dans un monde majoritairement gouverné par des hommes.

Et pourtant, en faisant un bond dans le temps, rappelons-nous que les femmes sont au premier plan dans beaucoup de pans de notre Histoire… À l’Antiquité, les déesses grecques sont aussi présentes que les dieux. Nous avons gardé en mémoire les noms d’Athéna et Artemis aussi bien que ceux d’Apollon et Zeus. Si on vous demande des noms de rois et reines d’Egypte, vous citerez aussi bien Ramsès que Nefertiti ou la légendaire Cléopâtre. Aussi bien, une impératrice byzantine telle qu’Irène était bien plus influente que ses homologues masculins. 

Dans nos livres d’Histoire, c’est le nom d’une femme qui marque l’époque de la Renaissance, pas celui d’un monarque italien. Par sa puissance, le nom de Catherine de Médicis est devenue incontournable. En Russie de la fin de l’époque moderne, son homonyme Catherine II marque elle aussi son temps. Nous pouvons encore citer Isabelle qui eu le bon sens de donner sa chance à Christophe Colomb quand ses pairs génois riaient de lui.

Certes, l’époque moderne se caractérise par une absence prononcée des femmes au pouvoir. Pourtant, elles ont été au premier plan d’avancées historiques. D’abord, d’évolutions scientifiques comme ce fut le cas Marie Curie, dans l’ombre de son mari. Mais aussi, d’évolutions sociétales : Marguerite Yourcenar et Simone Weil ont aujourd’hui leur noms inscrits en lettre d’or dans les livres d’Histoire.

Retour à la modernité (et la réalité)

Après ce rapide voyage historique, une question persiste. Pourquoi la gente féminine qui a tant nourrit l’Histoire de l’humanité est encore obligée de se battre pour sa légitimité ?

Cette volonté d’égalité, n’est pas tant une question de légalité mais plutôt pour une notion de justice et de bon sens.

La neutralité, une fausse bonne idée ?

L’Histoire l’a montré : ce qui fait nos différences fait aussi notre force.

Pourtant, des chercheurs danois viennent de dévoiler un nouvel assistant vocal qui, à la différence de Siri ou Google Home, sera non genré. On voit aussi fleurir les activités exclusivement réservées aux femmes, les jouets mixtes, l’absence d’utilisation du rose pour les femmes et du bleu pour les garçons… Faire disparaître le genre, est-ce la solution ?

La volonté d’effacer le genre des publicités ou des biens de consommation me paraît non seulement ubuesque mais aussi contreproductif. Il me semble, encore une fois, que la puissance vient de la confrontation de pensées et d’idées diverses. Nous devons cultiver le fruit de ces différences plutôt que des les gommer et dégenrer notre société. Le monde a besoin de visions féminines et de visions masculines, pas d’une vision uniformisée.

Le monde de l’entreprise a besoin d’égalité, certes, mais aussi de diversité. L’évolution et la remise en question vient d’idées et d’expériences parfois divergentes. Qu’est ce qu’une entreprise si ce n’est un microcosme entrepreneurial ? Un morceau de monde autour d’une activité. L’entreprise a donc, par nature, besoin de se nourrir de points de vue hétéroclites. Face à des entreprises qui peinent à recruter, il serait temps de remettre en question nos modes de fonctionnement parfois archaïques.

Oui à l’égalité. Oui à la diversité de genre, d’expérience, d’opinions, de valeurs.
Non à la neutralité et l’aseptisation du milieu professionnel.