Après de passionnantes discussions à l’agence sur la notion de genre, que certains apôtres d’une société totalement égalitaire tendent à effacer, une question s’est posée. Les métiers ont-ils un sexe ? Peut-on parler de « métier d’homme » et « métier de femme » ? Infirmières, pompiers, nous vous proposons un tour d’horizon des métiers stéréotypés.

Du sport à l’emploi : quel place pour les stéréotypes ?

Je me suis déjà questionné à ce sujet concernant les pratiques sportives, mais jamais au niveau du monde du travail.
Permettez-moi une digression qui me semble importante. Étant moi-même rugbyman depuis 25 ans, j’ai longtemps pensé que mon sport était un “sport de garçon”. Le temps et l’expérience ont contribué à me faire changer d’avis. Désormais, je prends plus de plaisir à regarder un match de rugby féminin que masculin.

Tour d’horizon du genre dans l’emploi

C’est ainsi que j’ai commencé à me questionner sur mon propre formatage. Rapidement, des idées de métiers selon moi typiquement féminins et ou masculins me sont venus à l’esprit. Ainsi, j’ai eu envie de vérifier si les stéréotypes ancrés dans mes pensées se basaient sur une certaine réalité. Merci Google, voici les chiffres :

Concernant les femmes, nous trouvons dans le top 10 : 
Assistantes maternelles : 97,7%
Institutrices : 97,6%
Secrétaire en tout genre : 97,6%
Employé de maison (je vous l’accorde, l’appellation est très 18ème siècle) : 94,3%
Infirmière : 87,7% 
Agent d’entretien : 70,5%

Et pour les hommes : 
Conducteur d’engin : 99%
Ouvrier BTP : 99%
Bucheron : 99%
Soudeur : 98,5%
Plombier : 98,3%
Informaticien : 83,7%

Désormais, il convient de se poser la question : pourquoi une telle division ? Essayons de trouver des éléments de réponse tout en tentant de rester le plus objectif possible.

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Pompier bleu, infirmière rose : pourquoi une telle polarisation ?

Sans être moyenâgeux, admettons que, trouver des hommes dans les jobs de bucheron, de conducteurs d’engin ou d’ouvrier du BTP, tout comme celui de pompier cela me semble justifiable. Même si une femme peut totalement exercer ce type de tâche, la dimension physique donne un avantage naturel à ses homologues masculins. Cet aspect concerne davantage une problématique de morphologie, ou d’aptitude physique.

Cependant, nous avons plus de mal à trouver une explication rationnelle à une polarisation des métiers qui ne demande pas de mobiliser de forces physique, et qui sont pourtant souvent réservés aux hommes.

L’explication se trouve dans notre conditionnement environnemental. En effet, celui-ci a contribué à nous construire. Encore aujourd’hui, nos petites filles grandissent parfois en imaginant que les princes qui viennent sauver les princesses des dragons. Les petits garçons, quant à eux,  pensent que les hommes sont des héros futurs gendarmes ou pompiers. Inconsciemment, on conditionne nos enfants à suivre une “voie rose” ou une “voie bleue”.

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Flash back historique

Pour rappel, ce n’est qu’en 1965 que les épouses furent autorisées à travailler sans l’accord de leur mari. Nous parlons ici d’une époque qu’a connu ma grand-mère. Ce n’est qu’en 1972 que Polytechnique ouvre ses portes aux femmes. Nous parlons ici de la génération de ma mère. Un passé proche de nous, de moi, de vous, donc.

En 2020, notre Histoire laisse encore des traces. Pendant plusieurs milliers d’années, monsieur travaillait pour ramener de l’argent au foyer. De son côté, madame s’occupait des enfants et de maintenir une maison propre et rangée. Cette structuration qui a régi notre quotidien ne peut pas pas s’effacer en 50 années.

Des stéréotypes qui ont la dent dure

Au delà de cet aspect purement factuel, il existe une construction psychologique de ces aprioris. Prenons quelques exemples de clichés qui perdurent. Les femmes s’occupent des enfants. Ainsi, elles seraient naturellement destinées au métiers d’institutrice, d’auxiliaire de puériculture etc. De leur côté, leurs maris sont dits bricoleurs et manuels. Donc, ils seront plombiers, soudeurs, ouvriers…

Le poids sociétal est d’autant plus important que ces jobs sont très genrés dans l’imaginaire collectif. La période de notre vie ou on doit prendre une décision d’orientation coïncide avec une phase souvent cruelle et compliquée socialement. NDLR l’adolescence. Ainsi, c’est à cette période que nos ados sont plus que jamais soumis aux stéréotypes. La prise de recul est plus que jamais laborieuse et leur permet encore moins de prendre des directions à contre-courant. Quel lycéen osera revendiquer qu’il souhaite devenir esthéticien ?

Femmes infirmières, hommes pompiers : une société formatée ?

Une question plus profonde m’interpelle. Pourquoi il y a plus de femmes infirmières et plus d’hommes médecins ? Pourquoi les chiffres nous montrent que les informaticiens et analystes sont très majoritairement des hommes ? Pourquoi en 2017 les effectifs des écoles d’ingénieurs ne comprenaient que 30% de filles ?

C’est en réfléchissant à ces questions que je suis devenu tout de suite un peu moins optimiste. Ainsi, on peut penser qu’un conditionnement perdure et régit notre société. Les mères sont les garantes d’une vie de famille réussie, de l’éducation des enfants, et sont encore assujetties à une volonté inconsciente (ou malheureusement encore trop souvent consciente) de domination de la part des hommes qui se sentent supérieurs. De fait, leurs ambitions sont bien trop souvent revues à la baisse car elles ne rentrent pas dans les cases de ce conditionnement sociétal.

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Une lueur d’espoir pour l’emploi

Malgré tout, je crois percevoir une lumière au bout du tunnel. Aujourd’hui, 30% des chefs d’entreprises sont des “cheffes”, l’employabilité des femmes augmente, le partage des tâches au sein du foyer devient davantage une évidence. Pour ces raisons, le monde semble évoluer dans le bon sens.

Mon avis sur les métiers genrés

Personnellement, je pense que cette genrification n’est pas toujours péjorative. En effet, cela peut découler d’une sensibilité et de capacité qui permettent d’exceller dans un domaine. Prenons deux exemples : la féminisation du métier de sage-femme ne peut-elle pas s’expliquer par la connaissance et la compréhension des femmes pour les sensations féminines ? L’empathie masculine face à des ressentis féminins serait potentiellement plus laborieuse.

L’évolution d’une société vers une plus grande compréhension d’autrui pourra permettre aux hommes de se projeter dans des métiers dits « féminins », et inversement. En effet, le choix du métier dépend aujourd’hui de la sensibilité, de l’envie, de la passion. La motivation actuelle à se sentir bien dans son job, de favoriser avant tout sa qualité de vie au travail. Est-ce que cela pourra permettre un jour de rendre obsolètes les stéréotypes ?

L’avenir nous dira si la volonté de devenir ce que nous voulons être au fond prendra le dessus, et fera évoluer notre environnement sociétal…